Voyage au Tibet (2004)

Après avoir lu les livres d'Alexandra David-Neel et les aventures de Tintin (pas grand chose à voir, je sais) comment ne pas avoir envie d'aller au Tibet ? Là où les sages bouddhistes font des retraites de 3 ans 3 mois 3 semaines 3 jours dans une grotte, où les prières sont émises par des morceaux de tissus qui battent dans le vent et par les gros cylindres de laiton qui tournent sur leur axe vertical, là où vivrait caché une sorte d'australopithèque nommé yéti, ou migou... Et en plus, la photo du Potala était dans mon premier livre de géographie du CM1, entre l'Empire State Bdg et le rocher rouge du centre de l'Australie. A l'époque la trainée blanche d'un avion à réaction dans le ciel faisait encore lever la tête. Autant dire que ces monuments semblaient inaccessibles. Il a fallu attendre pas mal d'années pour y aller.
Nous avons fait ce voyage en septembre 2004 avec Tirawa voyagiste spécialisé dans les treks et les pays "montagneux". Ils ont été excellents, aussi bien dans leurs services en France que dans la qualité de leurs représentants et de leurs guides au Népal et au Tibet. Dans leur catalogue le voyage s'appelle "Découverte du Tibet".
Il n'y a pas de longues marches fatiguantes, mais dans les monastères il y a beaucoup d'escaliers et parfois des échelles. Le mal de l'altitude n'a pas vraiment touché les 12 participants du groupe. C'est plutôt les intestins qui peuvent être sensibles au changement d'alimentation.


Jour 1 : Roissy, départ en début d'après midi avec Gulf Air, escale nocturne à Abu Dhabi.

Jour 2 Arrivée à Kathmandu le matin. A la sortie de l'aéroport nous retrouvons nos compagnons de voyage et le représentant de l'agence. Transfert en minibus vers l'hôtel Shangri-La, où nous attend notre guide, Tsering Sherpa. Il parle le français à la perfection, il a de l'humour, et connait très bien Népal et Tibet. Un guide exceptionnel ! En signe de bienvenue nous recevons chacun une sorte d'écharpe blanche, c'est une katha. Visite de Kathmandu, Durbar square, Bauddha,...


le grand stoupa de Bauddha, un grand lieu sacré des boudhistes


Sur le stoupa (ce n'est pas un toit, le stoupa n'est pas creux)

Jour 3 : Le matin départ par Air China pour Gonggar, l'aéroport de Lhassa situé à une centaine de kms de la ville. De là un mini bus nous emmène en 2h à Tsethang, une ville nouvelle avec une rue principale moderne et chinoise, et des quartiers tibétains un peu rustiques. L'hotel Tsethang est confortable et accueille plusieurs autres groupes en phase d'acclimatation à l'altitude. Pas de problème pour l'instant, nous ne sommes qu'à 3000m.


Jour 3: Après un petit dèj terminé par une coupe de tsampa (c'est pas de l'eau de vie, mais de l'orge grillé et moulu que l'on mélange avec du thé), le minibus nous emmène tôt le matin pour visiter la forteresse de Yumbalhakang, une des plus anciennes du Tibet. Elles est perchée sur un éperon rocheux et domine une plaine de petits champs. Des moines y habitent, et c'est notre premier contact avec l'ambiance des monastères tibétains. Pénombres, odeur de beurre rance des lampes, statues des 3 boudhas et de saints bouddhistes, moines discrets, moulins à prières. Retour à Tsethang puis route vers Lhassa. Arrêt au bord du Tsangpo qui forme dans cette vallée un immense lac d'environ 6km de large. Nous le traversons avec un bac qui louvoie entre les bancs de sable car les courants sont très forts (chapeau et crème de protection sont utiles contre les rayonnements solaires très forts) et nous arrivons au monastère de Samyé, le premier construit au Tibet. Notre guide peut alors commencer notre éducation en boudhisme, et il est parfait. C'est quand même assez compliqué, et pour ce début nous avons un peu de mal à suivre. Traversée du Tsangpo dans l'autre sens. Cette fois le grand timonier en costume ne peut maitriser le navire qui finit par aborder (en douceur) un banc de sable. Moteur arrété, il se transforme en gondolier et avec une longue perche et beaucoup d'efforts il remet le navire sur une trajectoire parabolique menant à la rive opposée. On continue sur Lhassa. L'Hymalaya Hotel est parfait. Un distributeur d'oxygène est disponible dans les chambres en cas de besoin.


Forteresse de Yumbulhakang


Oraisons matinales sur le chemin autour de la forteresse


Traversée du Tsangpo pour aller à Samyé


le grand timonier au départ de Samyè

Jour 4 : Nous traversons Lhassa pour nous rendre au Potala. Larges avenues avec des immeubles très très très modernes, grands panneaux publicitaires, beaucoup de voitures et d'animation. Lente grimpette pour atteindre l'entrée, car l'altitude se fait sentir. Le Potala est plus mystérieux que nous l'imaginions : un dédale d'escaliers et de couloirs obscurs dans un immense palais moyenageux. C'est maintenant une sorte de musée où l'on visite les salles et temples bien entretenus où vécurent les dalai-lamas. L'ensemble de chapelles, sculptures, peintures est très impressionnant. Puis nous revenons à pied dans le centre pour visiter le Jokhang. C'est le temple en activité le plus réputé de Lhassa. L'origine serait du 7ème siècle. Plusieurs fois réaménagé, c'est maintenant le centre de la ferveur religieuse tibétaine. Devant l'entrée d'énormes braseros lâchent une fumée odoriférante. Les pélerins se bousculent un peu pour rentrer dans la file d'attente. A voir leurs vêtements, Ils viennent sans doute de la campagne. Ils se pressent devant le Jokhang avec des moulins à prière, des lampes à beurre, des khatas dans leurs mains. Certains progressent sur le sol à plat ventre. Et finalement, entrainés dans la file, une jeune et jolie tibetaine devant, un vieux tibètain à la propreté douteuse derrière, je peux apercevoir Jowo Rinpoche, la statue du Bouddha Shakyamuni. Encore une bénédiction par un vrai moine impressionant, et on se retrouve à la sortie. Le passage dans le coeur du temple n'était pas long, mais on sent dans l'ambiance, les gestes, les regards, les incantations, une extraordinaire ferveur. Déjeuner dans un resto qui surplombe le Barhkor, avec bien sûr des momos (sorte de raviolis à la viande). Promenade dans le Barkhor avec ses boutiques pour pélerins et pour touristes, et retour à pied à l'hotel en passant par des petites rues très calmes où l'on peut observer des belles cours intérieures.


Le temple de Jokhang


l'entrée du Jokhang


Des pélerins devant l'entrée du Jokhang


De souriantes pélerines

Jour 7 :
Le matin nous visitons le monastère de Drepung. C'est une véritable petite ville où vivaient des milliers de moines. Aujourd'hui il semble n'y en avoir que quelques-uns utilisés comme gardiens. Notre guide nous fait découvrir la signification des symboles que l'on trouve dans l'architecture, les sculptures et les peintures. Nous visitons ensuite le monastère de Séra. Nous arrivons au moment de l'exercice de "discussion philosophique". Ils sont une centaine à se "chamailler" dans le parc, deux par deux. L'un est assis et soutient une thèse, l'autre doit la réfuter. Ca semble presque violent, mais parait-il qu'il n'y a jamais de contact physique. Retour sur lhassa pour visiter le temple de Ramoché. Et quartier libre pour le reste de l'après midi. Nous prenons un taxi qui nous laisse devant le Potala et nous revenons en flanant pour diner avec le groupe au Crazy Yak. Dégustation de tchang (bière tibetaine) et de thé au beurre, puis spectacle de danses tibétaines.


Dans le monastère de Drepung


Discussion philosophique à Sera

Jour 8 : Trois gros 4x4 nous attendent à 8h avec des chaufffeurs tibétains coiffés de magnifiques chapeaux de cow boys. C'est sans doute à la mode par ici... Jusqu'au Tsango Bridge c'est goudronné. La route (piste) directe étant coupée, on part vers Gongkar, puis sur une piste à droite. Après ca grimpe ca grimpe ca grimpe encore et ca continue de grimper. Et ca secoue beaucoup car la piste est très très mauvaise. Heureusement qu'il fait très beau et que le terrain est sec! Paysage aride, pas d'arbre ni de végétation, pas de vie. Et maintenant ca descend jusqu'aux rives du lac Yamdrog Tso, immense, bleu turquoise, comme une mer égarée dans les montagnes. Quelques habitations et leurs habitants. Pique nique avec cuisse de poulet oeuf fruit. C'est pas du tout mauvais, un peu tristounet, mais 2 petits futés du groupe qui connaissent la région sont venus avec leurs munitions qu'ils dégustent discrétement à l'écart : paté Hénaff, sardines Le Connétable... Et nous voilà repartis vers le haut ! Le col est atteint à 5050 m d'altitude, au pied du Nojin Kangsang qui nous domine avec ses 7200m. Un triangle presque verticale de 2000m de haut, tout verglacé et blanc. Il fait pas trop foid, un pull de laine est suffisant. Dans la descente le paysage c'est de la montagne grandiose, le blanc des glaciers, rien que du minéral. Et on arrive à la grande ville de Gyantsé, à 4000m. L'altitude n'est pas trop génante, peut être une légère opression quand on monte vite un escalier. Hotel avec une chambre superbement meublée d'un décor tibétain. Nous profitons de cette ville très civilisée pour aller lire nos mails dans un cybercafé en face de l'hotel. Pas besoin de parler tibètain ou chinois dans un tel lieu !



Nos chauffeurs devant le lac Yamdrok


Chorten au col de Karo La (5050m) au pied du Netsekangsang (7191m)

Jour 9 Visite du Kumbum et de son stupa avec des chapelles à chaque étage. Et il y en a ! Des escaliers et des échelles. Des fresques très colorées, des statues. Tout ou presque s'explique grâce aux commentaires de notre guide. Heureusement qu'il est là ! Visite du quartier ancien. Et départ vers l'ouest. Un détour nous amène au monastère de Shalu, construit au 10ème et où vécut Buton Rimpoché, un érudit boudhiste fondateur d'un mouvement portant son nom. Très belles peintures murales. Quelques moines sont assis sur le sol et sont en train de triés "des vieux papiers", en fait des manuscrits abimés par le temps (il parait que les rongeurs ne s'attaquent jamais aux livres sacrés). Les feuilles sont mises en pile, enveloppées dans un linge et entourées de ficelle pour former un "livre" puis remis dans la bibliothèque. Retour sur la piste principale et arrivée à Shigatsé.


Le grand stupa de Gyantsé (Kumbum)


Forteresse de Gyantsé, prise par les anglais en 1904 pendant "le grand jeu"


Dans le quartier ancien de Gyantsé. Tout en haut la forteresse.


Classement des livres anciens dans le monastère de Shalu

Jour 10 : Le matin nous visitons le monastère de Tashilumpo. Rien à voir avec la modestie de Shalu. C'est une vrai petite ville et la résidence du Panchem Lama, second personnage du Tibet après le Daila Lama. Beaucoup de belles chapelles, de salle de réunions pour les moines, une grande cuisine avec d'énormes chaudrons. Un opéra tibétain doit avoir lieu et on nous dit que le Panchem Lama y assitera. Notre guide se débrouille pour avoir des tickets, et effectivement le panchem arrive brusquement avec un convoi de 4x4. Nous nous asseyons dans une petite tribune où on nous distribue du thé et des bonbons, puis le spectacle commence. A l'étage du bâtiment qui domine la "scène" on apercoit le Panchem Lama. C'est un adolescent d'une quinzaine d'années. Les familles tibétaines sont devant la"scène", assises à même le sol, bavardent, mangent, tout en suivant l'intrigue et la musique de l'opéra. Après une heure nous nous retirons discrètement et poursuivons notre visite. L'après midi nous faisons le tour du monastère par le sentier de kora. Belles promenades de quelques kilomètres pendant laquelle nous ne manquons pas de faire touner les cylindres de laiton qui bordent le sentier, et bien que nous en rations quelquesuns, nous espérons que les prières seront réalisées. "OUM MANE PADME OUM" .....


Un temple dans le monastère de Tashilumpo


Un moine nous montre comment écrire "Tsongkapa" (le fondateur des bonnets jaunes) en tibétain.


Le panchem lama dans sa loge


Le chemin de kora, au-dessus du monastère, avec ses moiulins à prières.

Jour 11: Route vers Shegar. Arrêt au village de Sakya et pique nique au bord d'un torrent. Visite du monastère dont l'architecture extérieure fait plutot forteresse. Dans la cour nous tombons en pleine "discussion philosopique" et c'est très très agité. A Drepung ils étaient un contre un, ici, aujourd'hui, c'est un contre tous. On aimerait connaitre le sujet de la discussion, mais ca vole trop haut pour nos esprits matérialistes. Nous passons ensuite le col de Gyatso La, à 5220m, avec un très fort vent qui agite en permanence les kathas attachés à des cordages. Arrêt dans la descente pour rencontrer des nomades. Lodge à Shegar.


Discussion philosophique au monastère de Sakya


Rencontre avec des nomades.


Notre groupe au col du Gyatso La (5.220m et beaucoup de vent)

Jour 12: Départ matinal et traversée de l'immense plateau du Tingri avec des vues sur les plus hauts sommets du monde : l'Everest, le Cho Oyu, ... Mais ils sont quand même à environ 60km de notre route. Quelques villages au bord de la piste où des chevaux tournent sans fin sur une aire de battage de céréales. A cotè des femmes tamisent et les déchets sont emportés par le vent. Arrêt à la grotte de Milarepa où vécut au 11ème siècle un très grand saint boudhiste qui accomplit de nombreux miracles, comme voler à travers l'espace, passer au travers de rochers, et vivre pendant des mois dans les neiges à quelques 5000 mètres d'altitude, soutenu par son seul souffle vital alors qu'il ne portait rien, si ce n'est qu'un mince drap de coton. Nous "redescendons" sur la terre de la piste qui commence sa descente vers la ville frontière de Kasa. Le paysage se transforme magistralement. Il devient tropical. Végétation luxuriante, cascades. La piste est à flanc de montagne, et comme il pleut ca devient glissant. Le silence se fait dans le 4x4 et nous espérons que le cow boy au volant connait son boulot. Nous croisons des petits groupes d'ouvriers qui réparent la piste en quasi permanence, même sous la pluie comme aujourd'hui. Parait-il qu'il y a parfois des éboulements, et qu'il faut alors abandonner les véhicules et en prendre d'autres de l'autre coté des éboulis. Ca descend toujours et ca tourne, et nous arrivons dans l'étrange ville de Kasa, implantée vraiment à flanc de montagne, à 2300m. Nous doublons d'abord une file de camions sur plusieurs kms. Comme ils ne peuvent passer la frontière ils sont déchargés à la main et les ballots transportés à dos d'homme jusqu'à la frontière. Dans la longue rue tortueuse et pentue de Kasa l'activité des commerces (trafics?) est intense. Nous arrivons à notre hôtel situé une centaine de mètres avant le premier poste de contrôle qui ouvrira demain matin à 9h. Notre chambre surplombe ce qui semble être un abîme. Espèrons que les pilotis qui soutiennent l'hotel sont solides.


Le battage avec les chevaux.


Le village frontière de Khasa.

Jour 13 : Il fait encore nuit quand nous nous réveillons. Sans doute à cause des cris d'un porc qu'on égorge dans la vallée. Dernier petit déj au tibet. Le passage de la frontière nous semble incompréhensible. Nous passons d'abord un premier poste à pied, et nous retrouvons nos véhicules de l'autre coté avec les bagages. Encore plusieurs kms de descente avec très belles vue sur Kasa, et les 4x4 s'arrêtent au bord de la piste. Les bagages sont sortis et mis en tas. Nous les abandonnons et descendons à pied sur environ 1 km pour le second contrôle puis nous franchissons le "pont de l'amitiè". De l'autre coté c'est le Népal. Passage dans un bureau népalais pour le visa de 3 jours, et nous montons dans un petit bus qui nous attend 300m plus loin avec nos bagages. Comment sont-ils venus jusque là ? Le bus cahote sur la piste qui longe parfois le précipice. Beaucoup de villages et d'habitants. Arrêt pour tester un premier "pont" au-dessus d'une tumultueuse rivière. Sensations désagréables quand on marche dessus, car ca bouge et dessous c'est le vide... La piste devient route et commence une longue descente dans la vallée de Kathmandu. La végétation fait place aux champs et aux rizières souvent en terasses. Traversée de banlieues animées, et nous retrouvons le Shangri-La Hotel.


Croisement sur le pont qui bouge.


Boutique de fritures.

Jour 14: Le bus nous emmène à Bhaktapur. Visite de la vieille ville, Durbar square, des temples, des potiers, des ruelles...et des boutiques. Endroit idéal pour acheter des souvenirs du Népal. Puis visite de Patan, et enfin promenade dans les ruelles du village de Bungamati, avec ses artisans sculpteurs de bois. Le soir, diner dans le splendide restaurant népalais : The Delights. Cadre luxueux et danseurs super.


Sur une place à Bhaktapur


Avec des sadhus sympas.

Jour 15: Matinée consacrée au shopping, et en fin d'après midi départ pour Paris.


Retour page d'accueil