CARNET DE VOYAGE AU MAROC (OCTOBRE 2001)


Nostalgie d'un autre temps : Citroen 11CV (mod. 1953) entre Erfoud et Merzouga, août 1968

Ce voyage a été fait entre le 15 septembre et le 7 octobre 2001. A cette période les températures ne sont pas trop élevées, les pluies peu fréquentes, et l'encombrement des sites touristiques faible. Inconvénient : les journées sont courtes, avec un coucher du soleil vers 19h.
L'objectif était de découvrir les sites les plus connus du Maroc et de traverser le Haut Atlas et le djebel Sarhro en circulant sur route et sur piste. Nous sommes deux, avec dans le véhicule une cantine pour les affaires personnelles, une caisse avec cuisine et conserves au cas ou, une caisse avec réserve d'eau, gonfleur, bombe anti crevaison, manomètre, pelle, cable de remorquage, trousse à outils (rien ne servira)... plus tente/duvets, table et chaises. Des plaques de polystiréne sont placées entre et sous les caisses pour amortir les frottements. Le tout est fixé au plancher par des sangles. L'hébergement se fera sous tente et à l'hotel.
Préparation d'itinéraires avec carte Michelin, guide du Routard, et récits sur internet de voyageurs en 4x4. L'accès au lac Tislit par le nord et la traversée du djebel Sarhro requièrent un véhicule tout terrain. Les autres pistes et routes mentionnées peuvent être faites par un véhicule normal, et même un camping-car, en roulant doucement. De Paris à Paris, 7500kms seront parcourus.
Les campings/restos/hotels cités viennent du GR.

Nous garderons de ce voyage deux fortes impressions : la beauté des paysages et le harcélement. Commençons par cela et nous n'en parlerons plus! Il est de toutes formes: une jeune femme avec un bébé dans les bras qui s'accroche au rétroviseur et court près de la voiture alors que nous roulons lentement sur les galets dans le lit d'un oued. A la sortie d'un virage trois adolescents les bras en croix au milieu de la route; l'un ne bougera pas jusqu'à ce qu'il pose les mains sur le capot de la voiture obligée de stopper. Adolescents qui ne nous lachent plus dans la médina de Fés, et qui finalement nous qualifieront avec mépris de racistes parce que nous refusons leurs prétendus services. Pierres alignées sur la piste pour égarer le voyageur et l'amener à demander son chemin à un jeune garcon qui se propose tout de suite comme guide. A Rissani, aucun panneau n'indique la direction de Merzouga. Ils sont parait-il systématiquement arrachés par des jeunes gens que l'on retrouve pas loin de l'embranchement et qui guettent les voyageurs pour se proposer comme guide. Et lorsqu'un respectable hadj commence à m'indiquer la route, un jeune cycliste arrive à toute vitesse, le bouscule, et déclare que c'est impossible à trouver mais qu'il va me guider. Le respectable hadj me fait un geste de fatalisme et s'éloigne. Par contre, grâce aux mesures prises par la police à Marrakech, c'est un plaisir de circuler dans les souks et en ville. Même chose à Essaouira. Et ce harcélement n'est pas reservé aux villes! On le retrouve sur les pistes de montagne, où les bergers dévalent la pente pour nous rattraper de lacet en lacet et réclamer encore et encore stylo bonbon dirham. Dommage, ça gâche le plaisir de voyager, enlève toute envie de rencontrer les gens, et n'incite pas à revenir par là. Et bien sûr, ne pensons pas à ce qui se passerait si un enfant glissait et tombait sous les roues. A noter que la pauvreté n'explique pas tout, certains jeunes quémandeurs sont équipés Adidas et roule en VTT. Peut-être aussi qu'en voyageant en groupe ce harcélement aurait été plus supportable. Et maintenant, en route!



Itinéraire

Jour 1 :
Départ de Paris à 4h. Arrivée vers 17h au camping Solo del Castillo d'Aranjuez, au sud de Madrid.

Jour 2 :
Aranjuez, Grenade, et arrivée vers 17h au camping à San Roque, 20km avant Algéciras

Jour 3 :
Bref marché au Carrefour à l'entrée d'Algéciras. Embarquement à 11h (billet pris à Paris chez Trasmediterranea, même prix que sur place), 2h30 de traversée, tamponnage des passeports sur le bateau, formalités pour la voiture au débarquement. Ca semble un peu désordre, aucune indication sur ce qu'il faut faire. En fait, en utilisant un "écrivain public" à qui on confie passeport et carte grise, nous sortons en 20mn, pour un coût de 20Fr. Les montres sont retardées de 2h. Route cotière jusqu'à Asilah, et déjeuner Chez Pepe. Et en fin d'après midi installation au camping Zermoune, à 9km de Volubilis. Il est un peu rustique, mais sympa et en pleine nature.

Jour 4 :
Visite de Volubilis. Nous sommes les premiers clients, et le site est très beau dans la lumière du matin. Passage à Moulay Idriss, puis Meknès. Visite de la médina, et premier tajine chez Zitoune. L'après midi visite des greniers à grains et des écuries, mausolée Moulay Ismail, palais des Ambassadeurs et la prison. Nous achetons des tickets pour ces visites, mais ils ne nous sont jamais remis. Bizarre.


Soirée au camping Zermoune


Belle perspective à Volubilis: Arc romain, cabine d'aisance, plaine millénaire.

Jour 5 :
Déplacement sur Fès, installation au camping international tôt le matin. Accueil médiocre. Visite de la médina, déjeuner chez Zobra (tajine aux coings). Tour des remparts. Pas de lumière le soir ni d'eau chaude dans le camping.


Les tanneurs


Souk du henné à Fès

Jour 6 :
Nous sommes contents de quitter les villes et les sollicitations permanentes des soi disants guides, commercants, rabatteurs... passage à Ifrane, puis Azrou, route 3390 très agréable dans la forêt de cèdres. Arrêt aux sources de l'Oum er Rbia. Des "guinguettes" sont installées juste au-dessus des cascades. Déjeuner à l'hotel de France à Khenifra. Le serveur nous rappelle que le service peut être laissé sur la table... Route 1902, puis 1903. C'est goudronné, sauf environ 15km de piste dans le lit de l'oued. Chambre à l'auberge du Lac à Tislit. C'est plus que calme, nous sommes les deux seuls clients. Excursion jusqu'au lac Iseli, 8km de piste. Le gérant de l'auberge et ses aides semblent s'ennuyer à mourrir. Electricité le soir avec un groupe electrogène, pas de TV ni journaux, et peu de passage. Mais pour nous l'endroit est bucolique.


La forêt de cèdres après Azrou


L'auberge du lac de Tislit


Le lac Iseli


L'auberge et le lac Tislit

Jour 7 :
Imilchil. Ait Ameur. C'est le lieu du moussem des fiancés qui a lieu dans la première quinzaine de septembre. La date est fixée tardivement et difficile à connaitre. Puis c'est la piste 3445. Elle est assez facile jusqu'au sommet du Tizi Tiherhouzine, à 2600m, mais avec plein de roches saillantes dans la descente. Tamtatouchtte. Magouille de fausses pistes à la sortie sud du village. Et déjeuner tranquille dans la sympathique auberge Baddou. La piste est assez facile jusqu'à l'entrée des gorges du Todra. Epoustouflant canyon. Le site le plus impressionnant du Maroc. Promenade dans la palmeraie de Tinherir, parmi les cultures et les paysans. Nuit à l'hotel de l'Atlas. Il pleut et les quelques tentes du camping sont déplacées. Effectivement, le niveau de l'oued monte très rapidement.


Descente du col de Tizi Tiherhouzine


Descente du col de Tizi Tiherhouzine


Accès nord des gorges du Todra


Hôtel-camping de l'Atlas à Tinehrir

Jour 8 :
Départ matinal pour atteindre Erfoud, puis Rissani. Visite avec un guide du ksar de Moulay Ismail. Le site est bien délabré. Vestige d'une grandeur pourtant pas si vieille. Comme l'accès de la piste vers Merzouga est habilement dissimulé à nos yeux d'infidèles, nous revenons à Erfoud. Là c'est plus clair. La piste est assez facile à suivre. Beaucoup de tôle ondulée où il faut rouler à plus de 70km/h pour ne pas être trop secoué. Hébergement à l'accueillant Ksar Sania, juste à coté de la dune. Marche dans le sable au coucher du soleil. Nous nous égarons au retour dans la pénombre, faute de repére. L'air est étouffant dans la chambre, nous aurions mieux fait de prendre nos duvets et de nous installer sur la terrasse.


A l'assaut des dunes (3/4h la montée)


Hotel-camping Ksar Sania près de Merzouga

Jour 9 :
Départ tôt le matin. Grâce aux indications fournies à Ksar Sania, le retour par la piste vers Rissani est sans problème. Alnif (un gendarme nous arrête, uniquement pour bavarder un peu), Tassarine, Nekob. Déjeuner dans le cadre agréable du Baha Baha. Puis départ de la piste qui traverse le djebel Sarhro vers Boulmane (80km, 3 à 4h prévues). Le début est plutôt angoissant : avons nous pris la bonne piste? Après un plateau désertique, la piste descend, suit un oued, passe devant quelques maisons. Les deux colonnes de Bab n'Ali apparaissent alors sur la gauche. Là, sur une zone aplanie, Omar tient le café-bivouac Tazlout. Il dispose d'un frigo à gaz plein de coca et de quelques nourritures. C'est la seconde voiture qu'il voit aujourd'hui, et nous resterons sans doute ses seuls clients. La montée et la descente du Tizi n'Tazazaret sont longues. Lorsque deux sortes de grosses bornes sont visibles, nous prenons la piste de gauche vers Boumalne. Descente en lacets vers Tiouit, puis Tagdilt. La piste devient facile, et suit une ligne électrique qui alimente la mine. A partir du carrefour avec la 6907, c'est asphalté. Hébergement à Ait Oudimer, hotel des gorges du Dadés, chez Youcef. Très bonne adresse dans un beau cadre.


Les colonnes de Bab n'Ali


Vers le col de Tizi n'Tazazert

Jour 10 :
Visite des gorges du Dadès, vers le nord, puis retour à Boulmane et longue route monotone par Skoura, Ouarzazate, vallée du Draa, et terminus à Zagora. Hébergement dans le bel hotel de la Fibule du Draa.


Ksar dans la vallée du Draa


La nuit tombe à Zagora

Jour 11 :
En partant, crochet par Bennizouli et promenade dans la palmeraie. Vallée du Draa à nouveau, cette fois dans l'éclairage matinal. A Agdz, direction Tazenakht par la 6951. Goudron sur 13km, puis piste assez facile jusqu'aux mines de Bou Azzer. Pas de grandioses paysages. Dans la région de Bou Azzer, on peut avoir l'occasion d'acheter ou troquer des beaux cailloux. A Tazenakht, les prix des tapis berbères sont raisonnables. Visite de Ait Benhaddou. Ca vaut vraiment le coup d'y passer quelques heures. Hébergement à l'hotel de l'Etoile Filante.


Entre Agdz et Tazenakht


Ait Benhaddou

Jour 12 :
Encore un tour dans le ksar, avec l'éclairage du matin. Puis route jusqu'à Telouet. Même si le site (pourtant pas si vieux) se délabre, ce qui reste est encore magnifique. Nous ne l'avons pas fait, mais sur la terrasse ceux qui le souhaitent peuvent glisser une ou deux tuiles vernissées dans leur sac, en souvenir.. Et ça accélèrerait encore la chute de l'ensemble. Belle route par le Tizi n'Tichka. On se demande qui peut acheter les horribles géodes bariolées et artificielles qui sont proposées au bord de la route. Hébergement au bien médiocre camping Ferdaous à Marrakech.

Jour 13 :
La voiture est garée dans une station service non loin de la Koutoubia, et toute la visite se fera à pied sans problème. Visite des classiques : Koutoubia, tombeaux saadiens, place des ferblantiers, palais El Badi (c'est grand, mais un peu ras et sec), palais de Bahia (fermé pour travaux), place Djemaa el Fna (beau spectacle depuis le toit d'un des cafés), et enfin les souks. Bon déjeuner dans le très beau patio du restaurant Dar Mimoun. Puis Medresa Ben Youcef et musée de Marrakech, intéressant pour ce qu'il contient et surtout pour les batiments très bien restaurés. Avec la voiture, tour des remparts. Arrêt pour un verre au bar de la Mamounia, ce qui nous permet de jeter un oeil sur les magnifiques décors art déco de cet hotel. Quelques courses au Marjane, très bien approvisioné en excellents jambons-fromages-alcools. Le reste aussi à l'air très bien.

Jour 14 :
Tour en voiture dans la palmeraie. Belles résidences, villas luxueuses. Jardin et bassin de la Menara. Puis route monotone jusqu'à Essaouira. Le camping à gauche à 2km sur la route d'Agadir, près du phare, est parfait, le meilleur de ce que nous avons connu au Maroc : accueil, propreté, état des installations, sécurité... Nous prenons un bungalow. La ville est très agréable, et ca devient un plaisir de faire du shopping sans ce harcélement habituel. Babouches et souvenirs divers remplissent nos sacs.


Le camping à Essouira


Achat de babouches

Jour 15 :
Journée repos à Essouira avant de remonter vers le nord. Marche dans les dunes, plage, sieste.

Jour 16 :
Route cotière très agréable et tranquille. Arrêt à Safi pour voir le fort, la Médina, et surtout la colline des potiers. Un guide nous mène dans divers ateliers, pour voir les différentes étapes de la fabrication. Les prix chez les fabricants semblent plus bas que dans les boutiques au pied de la colline, et ils sont intéressants. De beaux souvenirs à ramener pour la famille, mais c'est lourd et fragile! Retour par les ruelles de la Medina. Le hasard nous fait passer dans celle où se pratique le plus vieux métier du monde. Quelques articles sympa sur le pas des portes, mais moins frais que les poteries. Déjeuner excellent au Refuge, à Sidi Bouzid, 3km au nord vers El Djadida. Cadre agréable plutôt chic, très belle vue sur la mer, et, curieusement, musique des années 60/70: Platters, Petula Clark, Beattles, Varum... Des pochettes de disque sont fixées sur un grand panneau. Qui se souvient de l'humoriste Jacques Baudoin? Toujours plus au nord, arrêt à Oualidia, toute petite station balnéaire bien tranquille. Un peu de plage, et rencontre avec les pécheurs qui gardent des araignées dans une nasse et les font cuire le soir sur la plage, à la demande. Hébergement à "l'Araignée gourmande", dans une chambre parfaite.


Petrissage de la terre pour les potiers


Sur les remparts d'Asilah

Jour 17 :
Longue route ennuyeuse jusqu'à Asilah. La visite de la ville est intéressante. Plusieurs artistes ont décoré les murs des maisons. Installation dans un bungalow correct au camping As Sada. Demain nous ne serons vite à Tanger, et malgrè les 2 heures de décalage, nous n'arriverons pas trop tard en Espagne.

Jour 18 :
Formalités et embarquement rapides à Tanger. Nous souhaitons nous reposer un peu, et nous nous installons dans un charmant endroit: à Canos de Meca, sur la route de Cadiz, près du phare de Trafalgar. Avant de retrouver dans quelques jours la fraicheur automnale de l'Ile de France.


Vue depuis le ferry : Candidats à l'émigration clandestine guettant un instant d'inattention des policiers.


Enfin, je sais comment naissent les dunes


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