CARNET DE VOYAGE EN IRAN


Place royale à Ispahan, mosquée de Lotfollah

Ce carnet a été fait après un voyage en avril 2001. Les impressions seront peut-être différentes pour les voyageurs à venir, mais ce qui ne changera sûrement pas, ce sont la gentillesse et l'hospitalité sincères des iraniens.
L'image répandue d'une "dictature" de religieux fanatiques n'est absolument pas percue par le voyageur. Pas de barbus armés dans les rues, ni de policiers guettant la mèche (de cheveux...) dépassant du tchador. Les femmes touristes doivent porter un foulard et des vêtements couvrant les bras et les jambes. Les lycéennes en tchador sont plutôt rigolardes et pas timides du tout! Et ici curieusement l'islam est moins omniprésent que dans les pays sunnites : pas d'appels du muezzin, pas d'arrêt général des activités pour les prières. Tout le pays est remarquablement propre, pas de mendiants ni de gamins accrocheurs.

Le voyage comprend deux thèmes :
- La nature, avec les déserts du Lut et de Kavir, les îles d'Hormuz et de Queshm dans le golfe persique, la traversée des Monts Zagros.
- La culture, avec les visites de Shiraz, Ispahan et Téhéran.
Le transport (4.000 km de routes et de pistes en 17 jours, 0,40 Fr/litre de super, 20L/100km) est fait dans des gros 4x4 Nissan Patrol ou Toyota (1 chauffeur + 4 passagers) accompagnés d'un véhicule logistique (tentes, matelas, réchauds, tables, nourritures et boissons, glacières et ... cuisinier). Dans les déserts, les campements se font dans de très beaux sites sauvages. Pas de douche, les toilettes vont jusqu'à l'horizon, le plafond est très haut et décoré de vraies étoiles. Hôtels excellents dans les villes.
La partie "culture" de ce voyage aurait pu se faire en individuel (camping-car, hôtels). Les grands axes sont bons. La conduite en ville est très "virile", et la couverture par les assurances françaises ou locales semble douteuse en cas d'accident. Les régions du Sistan et Balouchestan sont déconseillées au voyageur individuel (voir à ce sujet: Conseils aux voyageurs, Ministère des Affaires Etrangères) La traversée des déserts ne peut se faire qu'avec plusieurs 4x4. Et probablement des autorisations. Pour ces raisons nous avions préféré prendre un voyage organisé. Il est au catalogue de Nouvelles Frontières, et toute la logistique sur place est assurée par l'agence iranienne AITO (AITO France, 9 avenue de Friedland, 75008 Paris, 01 56 59 91 86).

Vous pouvez voir notre itinéraire et lire une synthèse de l' histoire de la Perse et des religions locales bien pratique pour situer toutes ces dynasties.


Jour 1 :
Voyage Paris-Tehéran. Arrivée vers minuit. Le foulard et le vêtement couvrant se mettent à la descente de l'avion. Passage douane rapide et sans aucune tracasserie. Hôtel Enghelab.

Jour 2 :
Très tôt le matin transfert à l'aéroport et avion jusqu'à Zahedan. Prise de contact avec l'équipe de chauffeurs et les véhicules, et départ vers Zabol en longeant la frontière pakistanaise. En route visite du site de Shar-e-Sukteh, de l'époque Elamite (-3.000). Puis village et forteresse de Seh-o-Kah, 2 km par une piste sur la droite. Vers 18h, installation du camp au bord du lac Hamoun (complétement à sec depuis 2 ans) et au pied de la montagne et de la forteresse parthe de de Kuh-e-Khajeh.

Jour 3 :
Départ à pied tôt le matin pour visiter les ruines, puis en voiture pour Zabol, juste à la frontière afghane. Passage rapide dans le bazar. De toute évidence les étrangers doivent être rares, et nous suscitons une grande effervescence. Les trafiquants de drogue et d'armes sont paraît-il nombreux dans la région, et la venue d'étrangers trouble peut-être leur business. Cette halte permet d'acheter un vêtement décent pour les femmes, en fait la tunique et le pantalon portés par les hommes pakistanais (10 $). Couvrant, léger, et confortable pour le désert.
Départ vers l'ouest. Arrêt dans le village de Bandan, et promenade en compagnie d'une multitude d'enfants demandant des "pen" (crayons). Rencontre avec des nomades forgerons, puis pique-nique dans la palmeraie. Après Nehbandan, installation du campement dans un grandiose paysage lunaire. L'isolement est palpable, et malgré les fantasmes de certains compagnons, les "bandits" locaux nous laisseront dormir en paix.


Sur la piste du Lut


Les nomades forgerons


Nomades près de Zabol


18h30 ombre des collines sur le campement près de Nebandhan


Les enfants dans l'oasis de Bandan


Les jeunes femmes à Qal-a-Zari

Jour 4 :
Goudron jusqu'au village de Desalm. Visite d'une maison, nombreux enfants avides de crayons... La piste commence, d'abord sur sable et graviers, puis sur des pierres. Les crevaisons ralentissent le convoi. Dans le hameau de Rasak, caché dans une dépression au pied d'une montagne, pique-nique au bord d'un bassin sous les palmiers. Quelques plongeons involontaires... La piste à nouveau, avec un arrêt dans le hameau de Bichet pour se rafraîchir. Et enfin arrivée dans le gros village de Qal a Zari. Il doit son existence à une mine de fer et des traces d'or. Des rues en terre, de l'électricité, quelques voitures, et un hammam que nous utiliserons après dîner. Le campement est installé à quelques km du village, dans le lit d'un oued qui doit être humecté tout les 20 ans. Un mouton fait les frais de notre passage en participant au dîner en tant que brochettes.


Dyane du désert


Halte pour le thé

Jour 5 :
Piste jusqu'à la ville de Khusf, située au bord d'un lac salé avec de curieuses arches minérales, puis route jusqu'à Nayband, village et palmeraie installés sur une hauteur. Campement dans la palmeraie.


Oasis dans le désert de Lut.


Deux fillettes à Nayban


La lecon dans la cour de l'école à Nayban


Au loin le caravansérail

Jour 6 :
Visite du village de Nayband. Les habitants sont très accueillants. En échange de crayons et cahiers, je recois un morceau de fromage séché. Sec, sec... Retour sur la route reliant Mashad à Kerman. Arrêt à des sources d'eau chaude. Puis à un caravansérail du 17ème siècle pour le déjeuner. Et enfin Kerman, avec sa mosquée du vendredi, le bazar, l'ancien et très beau hammam reconverti en musée, la très belle maison de thé, et l'hôtel avec la douche et des draps! Et aussi plein de compatriotes!


Les "chambres" dans le caravansérail


Maison de thè à Kerman

Jour 7 :
Route et piste par Golbaf, pour rejoindre Bam. Ce site d'époque sassanide est magnifique. Il fait bien chaud en grimpant en haut des tours. Hotel Azadi, catégorie luxe. Prés d'un des bungalows un camping-car du Bas-Rhin se repose.


Forteresse de Bam


Les remparts à Bam

Jour 8 :
Départ matinal pour arriver à Bandar-e-Abbas en début d'après midi. Munis de nos pyjamas et brosses à dents (les bagages restent à terre), nous embarquons sur un canot rapide de 9m environ qui nous mène d'abord à l'ile d'Hormouz. Rouge des collines déchiquetées, bleu de la mer. Visite du fort portugais. La deuxiéme étape nous conduit à l'île de Queshm. Les 400CV du canot lui permettent de voler à 80km/h sur la crète des vagues, mais le vent se lève, et la houle se modifie. Les bonds et les chocs sur la coque deviennent très violents, surtout pour les passagers à l'avant. Nous arrivons à Queshm à moitié sonnés. Ce sont les mêmes bateaux qui assurent paraît-il la contrebande avec la rive opposée du golfe. Certains de nos compagnons ne se remettent pas de la traversée et préférent rejoindre immédiatement l'hôtel, les autres partent à 80km en taxi pour voir la mangrove. Plaine littorale sans végétation, collines érodées, ocre rouge, argile verte, bleu de la mer. La promenade est bucolique dans un site mi-marin mi-terrestre. Le luxueux hôtel Azadi à Queshm est parfait, et plutôt très calme. L'île est "free-zone" et souhaite attirer des industries. Dommage qu'il soit impossible de profiter de la mer, qui, avec l'ensoleillement, semble pourtant son principal capital. Des accomodements avec la rigueur divine devraient être possibles.

Jour 9 :
Départ tôt le matin. Heureusement, la houle est favorable, et les secousses moins fortes que la veille. A Bandar-a-Abbas nous retrouvons véhicules et chauffeurs, puis c'est une très longue route jusqu'à Shiraz. Elle longe d'abord la côte, puis s'enfonce dans l'intérieur parmi des paysages de montagnes. Arrivée très tardive à l'hôtel Persian de Shiraz.


Abri de pécheurs dans la mangrove de l'ile de Queshm


Quincaillerie, avec au centre fouets de flagellation

Jour 10 :
Excursion à Persépolis. Le site est beau, mais ce sont surtout les bas-reliefs (excellement commentés par notre guide) qui en font l'immense richesse. Description en bandes dessinées qui restituent avec précision des cérémonies grandioses pratiquées il y a 2500 ans. Nos ancétres gaulois de l'époque n'ont pas laissé autant de traces. Le roi est représenté avec ses soldats en uniforme, accueillant les représentants des peuples vassaux, tout cela sous la houlette (les ailes plutôt) du dieu zoroastrien Ahura Mazda. Visite de Naq-e-Rostam, imense falaise avec les tombeaux de Darius II, Darius I, Xerxes et Artaxerxès. Là encore des bandes dessinées gravées dans la pierre.
Retour à Shiraz pour visiter le mausolée du poéte Hafez. On entend les clameurs d'un stade tout proche. Au fait, le Français le plus connu en Iran, c'est qui? Zidane bien sûr! Le mausolée est entouré d'un agréable jardin fleuri. Des hommes et des femmes viennent se recueillir et lisent des poêmes. Notre guide nous fait vivre cette passion en lisant lui aussi des extraits en français. Ce poète ne devait pas être un mauvais bougre pour écrire qu'il fallait profiter des plaisirs du vin et de l'amour avant de se retrouver en terre et comtempler éternellement la rotation de la lune froide. Mais la question est: parlait-il du vin terrestre et de l'amour des femmes, ou bien de la foi en dieu et de l'amour... divin ? Dans la maison de thè du mausolée nous prenons un thé et une spécialité délicieuse: glace et vermicelle(?) dans un sirop à l'eau de rose et citron vert. Confusion lorsque le vieux sage barbu assis à une table et que l'on vient de photographier répond à notre "merci", en français et sans accent, " Mais je vous en prie!". Décidément, les animaux du zoo ne sont pas toujours du coté que l'on croit. Passage dans le bazar, dont une bonne partie est consacrée au tourisme.
Dans la nuit, après le dîner, visite du mausolée Shah-Cheragh dédié au frère du huitième imam. Nos compagnes doivent se couvrirent du tchador complet, et emprunter l'accés reservé aux femmes. Strictement interdit de filmer ou photographier. Coté hommes, sous les plafonds entièrement couverts de morceaux de miroirs, la ferveur des prières est intense. Les hommes se prosternent, le front venant se poser sur un sceau, petit morceau de terre cuite issue de Karbala, lieu du martyr d'Hossein. D'autres rassemblés en cercle se frappent la poitrine et expriment par des versets leurs regrets de n'avoir pu le secourir. Ils se retirent en marchant en arrière, par respect envers le mausolée. La foi des shiites est ici palpable, un peu comme celle ressentie devant la grotte à Lourdes. Assez troublant pour ceux convaincus d'avoir l'unique et vraie religion.


Persepolis, le roi sur son trône, porté par ses vassaux


Naq-e-Rostam : soumission du romain Valérien à Shapur 1er, à Edesse, en 260

Jour 11 :
Traversée des monts du Zagros. Nous doublons des nomades Quashquais avec leurs troupeaux, en pleine transhumance d'été vers les sommets. Le camp du soir est installé dans la montagne, près de Semiron, et il fait plutôt froid!


19h Camp dans les mont du Zagros


Le four à pain

Jour 12 :
Avant d'arriver à Ispahan, visite d'un immense pigeonnier abandonné. Logement à l'Hôtel Ali Qapu. Visite des très beaux ponts : Pol-e-Sharestan (14ème), Pol-e-Kajhou, avec une maison de thé typique dans sa première arche, Si-o-Seh Pol (17ème), le plus beau. Nous traversons le lit de la rivière totalement à sec.

Jour 13 :
Visite de la cathédrale arménienne et du musée, du palais aux quarante colonnes, de la mosquée du vendredi. Magnifique. Puis c'est la place royale, avec la mosquée de l'Imam, la mosquée de Sheikh Lotfollah, le palais Aliqapu. Cet ensemble est le plus beau que nous verrons en Iran. Magasins de tapis et de miniatures : deux arts typiquement persans. Les tarifs correspondent au niveau de qualité.
Après le dîner, nous pouvons assister à un entrainement dans une maison de force (zhurkhané) de quartier. La dizaine de "sportifs" descend dans la fosse et forme un cercle, chacun touche le sol en signe de respect. Pendant presque une heure, les exercices vont se suivre, rythmés par un "animateur" dominant la fosse et qui frappe sur un tambour tout en chantant des versets, des phrases d'encouragement ou des voeux de prospérité. Les sportifs ne font pas tous la même chose : le plus agé a paraît-il 89 ans. C'est d'abord le levage de deux "boucliers" en bois, puis la manipulation d'arcs lestés de rondelles métalliques, remplacés bientôt par d'énormes massues. Et tous s'essayent à tourner sur soi, bras tendus à l'horizontal. Le plus expert arrive à tourner environ 1 mn, 2 ou 3 tours à la seconde, et à rester vertical quand il s'arrête... Les derviches tournent moins vite mais plus longtemps. Ca ne m'étonnerait pas qu'il y ait un peu de soufisme dans tout cela...


Ispahan, mosquée de l'Imam


Halte dans la maison de thè du pont Khadjou


Maison de force, les massues


Omayum et Ali (accompagnateur et guide)

Jour 14 :
Route par Natanz, puis Abianeh, beau village en briques de terre rouge, approvisionné en eau grâce aux montagnes qui le dominent. Pique nique dans les vergers. Je crois réver en voyant des portes dans la falaise. Elles pourraient donner accès à des caves troglodytes, comme en Anjou... Non non! Ce sont des bergeries pour l'hiver.
Kashan. Visite du petit palais encore en restauration d'un marchand de tapis du 19ème siècle : la maison Burujardi, avec sa tour a vent.
Aran-va-Bigdol. Nous prenons la piste vers le lac salé Namak et le désert de Kavir. Halte pour la nuit prés du caravansérail de Marenjab en restauration lui aussi. Le camp est installé sur un plateau qui domine le lac. Pas une lumière, pas un bruit de voiture ni d'avion. La nuit, comme dans tous les déserts, il n'y a plus que deux éléments perceptibles à nos sens : le sable sous les pieds, et les étoiles dans les yeux.

Jour 15 :
Petit effroi pendant le pliage de la tente : un beau scorpion bien gras, nerveux et tout noir, file sous le tapis de sol. Un chauffeur réussit à le coincer dans un bocal. Et pendant le petit déj, c'est un de ses cousins plus petit et gris, qui se pavane sous un véhicule. La consigne est simple : avant d'enfiler ses chaussures, toujours les secouer!
La piste passe près de belles dunes, puis elle devient pierreuse et très difficile pour nous conduire à un poste de surveillance dominant la région (déclarée parc naturel). Il y a 3 gardiens, vivant içi en ermites, avec une radio, l'eau d'une source, un toit en dur et un véhicule. Reprise de la piste, mais franchement, ca commence à nous secouer un peu trop. Vers 16h, arrêt dans le caravansérail de Qasr-e-Barham. Quelques ouvriers afghans le restaurent. Il y a de l'eau et même une douche chaude, et un groupe electrogène pour l'electricité. Nos tentes sont installées sous la muraille, à l'abri du vent. Nous partons pour une promenade à deux dans les collines avoisinantes, marquées par l'érosion du vent et de l'eau. Quelques belles pierres sur le sol. Puis nous découvrons dans une dépression (comme certains de nos compagnons l'ont fait aussi...) un autre caravansérail en ruine. Celui où nous "logeons" était en fait un rendez-vous de chasse, et celui en ruine servait de logement aux femmes. Il y a 500 ans l'endroit était sûrement plus vert. Dîner sous les voutes du caravanserail, à la lumière des lampes à gaz.

Jour 16 :
Encore de la piste, toujours difficile, rythmée par les rigoles profondes creusées par l'eau il y a pas mal de temps. Spectacle surréaliste, nous devons dévier pour croiser un bull-dozer complétement paumé en plein désert et qui tente d'araser la piste. L'Iran veut développer le tourisme, et envisage de faire une chaîne de caravansérails pour des randonnées en chameaux. Puis c'est le retour vers les villes, et une très longue traversée des banlieux de Téhéran, saturées par les voitures et camions. Installation à l'hôtel Enghelab. Visite du bazar. Quartiers des bijoux, des tapis, des vêtements, du matériel de cuisine... L'attrait de ce bazar vient de son authenticité : pas de boutiques avec articles pour touristes. Un homme d'une quarantaine d'années nous adresse la parole en français, sans aucun accent. Il nous dit son attachement à cette langue, apprise au lycée avant la révolution. Il aime Corneille et Camus, et commence à nous réciter "L'étranger" sans oublier une virgule. Son métier est d'acheter des tissus dans le bazar, et de les revendre dans les quartiers éloignés de la capitale.

Jour 17 :
Visite du musée du tapis, du musée de la céramique et du verre (installé dans un beau palais du 19ème siècle ayant hébergé l'ambassade d'Egypte). Déjeuner avec spécialité locale dans la belle maison de thè du Park-e-Shar. Et enfin visite du musée Abassi, contenant des collections de poteries et ornements préislamiques, ainsi que de belle miniatures.

Jour 18 :
Retour sur Paris.


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