Histoire de bateaux et de bouteilles

Les bateaux dans les bouteilles fascinent les enfants et les adultes pas trop blasés. Les premiers que j'ai vus étaient des ex-voto dans les églises bretonnes. Ils étaient souvent très simples, mais dégageaient plus de mystère et de poésie que ceux en cristal exposés dans des boutiques de luxe, et qui sont incolores et sans saveur.
La fascination a son origine dans la somme d'aventures maintenue dans la bulle de verre. Le bateau sorti de sa bouteille et posé sur une étagère devient presque invisible. Les charmes qu'il émet se dispersent dans l'espace. Remis à l'intérieur, ils se comportent comme l'onde radio dans une cage de Faraday, en se réfléchissant indéfiniment sur la paroi de verre, et en concentrant les évocations de mers déchaînées, le goût salé des embruns, les cris des mouettes et les envies de découvrir d'autres mondes.
L'autre raison de cette fascination est bien sûr le secret de la réalisation. Mais comment font-ils ? Si chacun sait que les mâts se rabattent pour permettre le passage dans le goulot (à part les béotiens qui pensent que le fond de la bouteille est découpé puis recollé), où donc est le mystère ?
Il y a 2 types de bateaux en bouteille : ceux qui suivent la technique des cap-horniers et des gardiens de phares (le bateau est généralement placé sur une mer plus ou moins calme, avec des rochers, un port, des personnages...) et ceux qui reproduisent à l'échelle le plus fidélement possible la réalité. Les premiers sont empreints de poésie et de vie, les seconds cachent une astucieuce technicité.
Voici quelques réalisations. Les coques pleines sont pour la plupart sculptées dans du tilleul. Le grain est très fin, mâts et vergues sont en bambou (origine : baguette de resto chinois) ou en noyer. Le gréement est en fil à coudre les gants ou en fil pour faire les mouches à pêche, les voiles en tissu ou en papier à croquis. La mer est en mastic de vitrier légèrement coloré. L'outillage comprend une pince de chirurgien et de nombreux outils faits sur mesure avec des baleines de parapluie, des tubes et tiges en laiton.
On peut commencer seul avec quelques plans, mais les progrès ne viennent qu'en examinant ce que font les autres dans les musées, dans les expositions (Modelexpo, à Neuville de Poitou près de Poitiers, le premier week end d'octobre (7 et 8 octobre en 2006), est particulèrement intéressant) et surtout en étant membre de l'Association Bateaux en Bouteilles (voir page Liens) dont la revue Rose des vents donne des plans, des réalisations, plein de trucs et d'idées.

Premiers essais : Le livre de Max Truchi (voir page suivante) décrit toutes les opérations, les matériaux et les outils, pour réaliser un 3 mâts sur la mer, avec son gréement, sans voile. Si on suit bien les instructions, ca marche. Le plus intéressant est la méthode de montage des vergues et du gréement. C'est un excellent exercice de débutant, même si le résultat est encore simple. Puis voici un 5 mâts. C'est déjà un peu plus compliqué à faire.


La fuite devant la tempête C'est une scène de bateau de pêche dans la tempète inspirée du livre de Gérard Aubry. Une bouteille de rosé de Provence, une coque creuse en papier mâché, des vagues en mastic qui déferlent, des figurines de réseaux ferroviaires modifiées, voilà quelques composants de cet ensemble très réaliste.


La "Curieuse" près de la banquise : Cette dernière est en paraffine. Les pingouins et l'esquimau ont une structure en fil de cuivre étamé de 4/10, remplie avec de la soudure. L'ours est en bristol avec un enveloppement en colle à bois. Mais quelle idée de mettre de la glace dans une bouteille ! Il est tellement plus facile de la mettre autour, et dans un seau ! Le capitaine de ce bateau était un marin breton épris d'aventure et qui explora les Kerguelen de 1907 à 1918 : Raymond Rallier du Baty. La "Curieuse" termina sa vie comme caboteur en Polynésie, et elle sombra finalement dans un lagon à Tahiti. Le marin, lui, est mort en 1978, à 97 ans. Biblio : Aventures Kerguelen, Editions Maritimes & d'outre-mer, mars 2000.


Blue Nose Voici l'autre type de réalisation : la maquette. Il s'agit ici d'une goélette canadienne des années 1930, réalisée d'après les instructions de John Fox III disponibles sur son site Internet. J'ai monté le premier horizontalement, à l'aise dans un flacon de 3 L, et les deux suivants verticalement, dans des bouteilles de 2 L, ce qui complique sérieusement le travail à l'intérieur.

Quelques infos sur le Blue Nose. La 1ère photo montre les 3 éléments du bateau: la partie supérieure de la coque (fixée provisoirement sur un stand permettant la mise en place du gréement), la partie inférieure de la coque, et le support qui sera collé à l'epoxy dans la bouteille. La partie supérieure est creusée sur le dessus pour simuler le pont et le bastinguage, et également dessous pour permettre le passage des fils de gréement (15) qui ressortent par 2 trous sur le pont à l'avant, ou par le bout du beaupré. Des goujons viennent positionner la partie supérieure sur la partie inférieure, avec une feuille de styrene 0,2mm entre les deux pour référencer la ligne de flottaison. Ce sandwich a d'abord été sculpté comme un unique bloc, selon des gabarits faits d'après les couples, les vues de dessus et de côté du bateau. La partie inférieure est elle-même un sandwich, dont le milieu est une plaque de tilleul de 1,6 mm d'épaisseur. Cela permet de fixer clairement l'axe du bateau, des trous, et la position de la quille.
Pour l'introduction, la grande voile est tirée en arriére en glissant sur son gréement avec bôme et corne, et passera en premier à l'intérieur. La voile du mât avant se tire et s'enroule autour du bateau et de son support de montage. Une fois à l'intérieur, il "suffit" de tirer les fils pour relever les mâts et repositionner les voiles. Dans l'introduction vue ci-contre, ça n'a pas marché. Le support maintenait la partie supérieure trop haut, empêchant le relevage des mâts. Il a donc fallu ressortir le bateau, et trouver une autre méthode. Ça ne se voit pas, mais le rond blanc sur les photos est une pièce de 1 Fr.



Bateau de pêche La coque de ce petit bateau de pêche est faite de bandes de papier journal trempées dans de la colle à tapisserie et posées en 5 couches sur un moule en bois paraffiné. Une fois séchée elle est poncée, enduite de vernis cellulosique, peinte. Le mât avec ses voiles "coulissent" sur les haubans et étaient fixés à une extrémité sur le bateau, et assez longs pour sortir de la bouteille quand la coque sera posée sur la mer. Pour faire la mer : j'ai fait un "accessoire" avec un tube métallique d'environ 20 cm de long et 12mm de diamètre terminé à une extremité par un cône en plastique. Cela fait une sorte d'entonnoir.

Le mastic est déposé en plusieurs fois dans le cône et poussé dans le tube par un piston. Quand le tube est plein, il est introduit dans la bouteille et le piston pousse le mastic qui tombe en long boudin. Dans le cas des bouteilles horizontales, le mastic est étalé avec un outil spatule. Avec un montage vertical, la bouteille est tournée plusieurs fois un peu sèchement et la force centrifuge fait s'étaler le mastic. La coque est introduite la première, entourée des voiles, puis le mât. Voiles et mât coulissent sur les étais/haubans. Une fois dans la bouteille, il "suffit" de remettre tout en place et de poser les petits marins .

America Il a été réalisé d'après les instructions données par John Fox sur son site. Les éléments principaux sont : 1) un socle sur lequel seront fixées 2 tiges laiton qui "s'enfonceront" dans la coque. Celle-ci est éloignée du socle par 2 entretoises en tube laiton coulissant sur les tiges. 2) La partie inférieure de la coque (celle en dessous de la ligne de flottaison). 3) La partie supérieure de la coque, avec le pont, les mâts,... Le dessous de cette partie est creusée pour permettre la circulation des fils représentant le gréement volant. Ils ressortent à l'avant sur le pont.

Le pavois est découpé en une seule pièce dans une feuille plastique très mince (emballage de gateau surgelé de chez ....) Une pièce du même plastique sépare les 2 parties de la coque. Le premier travail est de faire un sandwich avec la partie supérieure/feuille plastique/partie inférieure, alignées par des tenons en bois (qui ne débouchent pas sur le pont) et de tailler l'ensemble d'après les plans des couples. Les voiles sont en papier. Le socle est collé à l'epoxy sur le fond, puis on monte les tiges laiton, les entretoises, on pose et colle à la cyano la partie inférieure de la coque. La partie supérieure est introduite et "dépliée", positionnée sur les tenons en bois de la partie inférieure. Quand tout le gréement est bien positionné, on soulève doucement la partie supérieure, glisse un peu de colle à bois, et on repose.

Classe J de la Belle Epoque, réalisé d'après un dessin du "Dictionnaire des bateaux" et des photos prises sur internet. Le gréement est simple. Le challenge était dans le positionnement vertical, dans la longueur du goulot, et dans l'ajustement entre les dimensions du bateau et la place disponible dans la bouteille (origine : Furmint, vin hongrois). Les éléments sont comme pour l'America : socle, coque partie inférieure, coque partie supérieure. La classe J (Jauge internationale) a été créée en 1906. Dans cette famille les plus fabriqués ont été des 6m, 8m, et 12m.


Thoniers de Groix dans une bouteille d'un litre. Les coques sont en papier "mâché". Des mouettes sont collées au plafond, un cormoran pique dans la mer, et un thon est au bout d'une des lignes.


Lady of Avenel. D'après des plans de Barry Young parus dans la revue Rose des Vents de l'Association Bateaux en bouteilles. Flacons de 3L. Coque en 2 parties.


Le Racleur d'Océan, d'après des plans de Michel Nagels parus dans la revue Rose des Vents de l'Association Bateaux en bouteilles. Flacon de gin (section rectangulaire) 70cl. Coque en 2 parties verticales + une étrave rajoutée.


"Clairon et Reine" brick de Marseille 1840, d'après des plans de Max Truchi parus dans Rose des Vents. Comme il y avait de la place libre dans ce gros flacon de 3L, j'ai ajouté 3 barques avec des rameurs et un gradé debout à la poupe. Personnages en fil étamé et soudure.


Paquebot "Deutschland" d'après un dessin du Dictionnaire des Bateaux et des photos prises sur internet. Flacon de 0,5L.


"Guicamar" yacht de 1939, d'après un dessin du Dictionnaire des Bateaux et des photos prises sur internet. Un exemplaire de ce yacht appartenait aux Kennedy. Tout petit flacon de 0,350L, et long goulot !


Rouleau à vapeur Fowler Type DNA, 1931, d'après des photos prises au cours d'une "concentration" de rouleaux à vapeur. Les anglais adorent cela... Ils arrivent lentement en France. Ce fut un plaisir de découvrir comment rentrer le rouleau avant et les roues beaucoup plus gros que le diamètre du goulot. Et le socle, qui fait 14x8cm, est "gravillonné" de sable. Flacon de 3L.


"Moïse" paquebot voile-vapeur de 1880, réalisé d'après les plans parus dans Rose des Vents, et avec les conseils de Paul Chaud et du Dr Bois.


"Cromdale" clipper anglais de de 1880, avec coque en acier. Il transportait du charbon vers l'Australie et revenait avec de la laine. Durée du voyage 80 jours. Il s'échoua dans un fort brouillard en 1913 sur le cap Lizard.Le modèle a été réalisé d'après les plans de Barry Young parus dans Rose des Vents.


Le pont du "Cromdale". Le flacon contient 2 L et était utilisé en laboratoire ou pharmacie.



Drifter (harenguier) à voile et vapeur vers 1905.Bouteille de 35cl avec très long goulot.


"Inland seas" Goelette des grands lacs américains dédiée à l'enseignement .


Boulons avec écrous et contre écrous. Le diamètre du bois rond est inférieur de qq mm à celui du goulot du flacon de sirop. Celui de la pomme de pin est supérieur. Les boulons sont entiers.


Dans la bouteille il y a un jeu de 32 cartes complet tenu par une pince de serrage, une boite d'allumettes pleine, un tire bouchon en action...à l'intérieur.


Aviso "le Renard. Construit en 1866. Machine à vapeur de 150CV. Vitesse 14 noeuds. Disparu corps et biens en juin 1885 dans un typhon en mer Rouge.

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